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par Charles Nforgang
Cameroun (Syfia Cameroun) Encadrés par une ONG locale, des villageois du littoral camerounais reboisent leur forêt détruite. Ils espèrent ainsi lutter à petite échelle contre les effets du dérèglement climatique et surtout mieux gagner leur vie. Timide au départ, l'initiative commence à faire tâche d'huile.
À deux kilomètres de leur village, des habitants plantent des arbres dans leur forêt communautaire. Nous sommes dans les environs Kopongo, dans la province du littoral, à près de 50 km de Douala, au sud-ouest du Cameroun. La piste qui mène ici, aujourd'hui envahie par les herbes, était autrefois une grande route en latérite sur laquelle circulaient, jusqu'en 1970, des grumiers transportant des billes de bois. "Pour les transporter, les exploitants forestiers entretenaient la route. Mais, ils ont pillé notre forêt. Les exploitants artisanaux illégaux leur ont emboîté le pas. Le résultat est cette forêt clairsemée", déplore Gilbert Mboumtje, membre du Groupe d'initiative commune Forêt communautaire de Kopongo. Constitué d'une vingtaine de personnes, ce Gic a entrepris depuis 2009 de reboiser cet endroit. Les membres cultivent en pépinières des arbres d'essences variées dans le village, puis les transportent et les replantent, une fois arrivés à maturité, dans la forêt. Lentement mais sûrement, cette dernière gagne à nouveau du terrain : 700 arbres ont été plantés en 2010 et 300 autres devraient l'être dans les prochaines semaines. D'ici fin 2013, le Groupe mise sur 50 000 arbres plantés, en obtenant bientôt un second propagateur d'enracinement. Cette caisse en bois, recouverte d’un plastique transparent jouant un rôle clé dans le bouturage, devrait lui permettre de produire 2 000 plants par mois. Activités alternatives Des jeunes, qui remplissent de terre les sachets devant servir en pépinières, sont payés à la tâche, mais il reste difficile de mobiliser les villageois. Ainsi, seule la vingtaine de membres du Groupe sur environ 800 habitants que compte Kopongo participent spontanément à cette initiative. Le Gic est encadré par Cameroun écologie, une ONG locale soutenue par Rights and Ressources Initiative (RRI), une coalition d'organisations internationales et le Fonds forestier du bassin du Congo (FFBC). Les membres formés transmettent les enseignements en parlant de faits concrets : perturbations du calendrier agricole, températures extrêmes, inondations… Mais bon nombre d'habitants ne s'émeuvent plus de ces dérèglements climatiques. D'autres contribuent directement à la destruction de la forêt pour survivre et ne sont pas prêts à abandonner son exploitation. Cameroun écologie et son relais local ont donc développé, depuis 2010, des activités rémunératrices alternatives. "Il fallait montrer que l'association pouvait améliorer les conditions de vie des membres. Les gens qui s'étaient engagés par conviction ont bénéficié de retombées. D'autres, attirés par ces résultats, sont désormais motivés à travailler pour la communauté", assure la direction du Gic. Parmi les activités proposées, on trouve les pépinières d'arbres fruitiers (manguiers, pruniers, kolatiers, agrumes, etc.), qui, arrivés à maturité, sont plantés dans la forêt communautaire ; dans le même temps, plusieurs plants sont remis aux villageois pour leurs concessions. Viennent ensuite l'élevage de poulets et l'apiculture, où une partie du produit de la vente est distribuée aux membres les plus actifs. "Jusqu'à présent, cela ne nous rapporte pas grand-chose, peut-être qu'avec le temps, cela s'améliorera…", espère Gilbert Mboumtje. Espoirs et bonnes intentions Autant d'actions qui permettent, à petite échelle, de limiter les effets des changements climatiques, mais aussi de "montrer à l'État que nous sommes des protecteurs de la forêt", confie Jean Emmanuel Mpouma, le secrétaire général du Gic. En effet, le Groupe avait sollicité en 2003 du gouvernement une forêt communautaire de 5 000 ha. En 2009, 1 150 lui ont été attribués. Le restant est toujours querellé avec Edéa Technopole, une entreprise italienne qui aurait reçu de l'État 100 000 ha de forêts, dans lesquels se trouvent les 3 850 ha que revendique le Gic. Ce dernier a engagé depuis 2009 une action administrative auprès du ministère des Forêts. Aujourd'hui, les populations de cette région nourrissent un autre espoir. Celui qu'avec l'avènement programmé du crédit-carbone, la plantation d'arbres engagée leur permettra de gagner de l'argent. Mais, au Cameroun, ce dispositif se trouve pour l'heure encore au stade des bonnes intentions. Les enjeux sont pourtant colossaux… Selon le ministère des Forêts, l'espace boisé représente 43 % de la superficie du pays. Avec environ 20 millions d'hectares, le Cameroun dispose du deuxième massif forestier d'Afrique après la RD Congo. ENCADRE Rentable, l'eucalyptus nuit à l’environnement (Syfia Cameroun) Au Cameroun, à mesure que l'on passe de la province du Littoral à celles de l'Ouest et du Nord-ouest, le paysage change. Finies la diversité et la variété des essences des forêts denses du sud du pays. On trouve de plus en plus d'eucalyptus, jusque dans des habitations. Ces derniers ont été plantés par des riverains, non pas pour lutter contre les changements climatiques, mais pour faire des affaires. L'eucalyptus grandit en effet rapidement et, au bout d'environ sept ans, commence à être rentable. Ses feuilles sont vendues à usage médicinal. Quant à son tronc et à ses branches, les utilisations sont variées. "Pour nous, l'eucalyptus, c'est comme le café ou le cacao dans d'autres régions du pays. Nous le plantons, l'entretenons et le vendons comme poteau une fois à maturité à la compagnie d'électricité. Il nous sert aussi comme bois de chauffe pour la cuisine et comme piquets et planches pour construire nos cases", résume papa Paul, un exploitant. Ce sexagénaire, comme plusieurs autres, se dit perturbé par ce qu'il considère comme une mauvaise publicité, voire un complot. En effet, sensibilisés sur les dangers de l'eucalyptus, plusieurs chefs traditionnels déconseillent et interdisent désormais de planter cet arbre. Des points d'eau et des rivières de certains départements, à l'instar des Bamboutos, à l'ouest du pays, se sont ainsi progressivement asséchés ou ont vu leur débit diminuer. Des études du ministère de l'Eau et de l'énergie ou encore celles des universitaires Paul Tchawa et Moïse Tsayem Demaze lient cette situation à la forte présence des eucalyptus dans cette région. L'arbre aurait des effets négatifs sur les sols et serait très gourmand en eau. "Le gouvernement devrait éliminer les eucalyptus afin de préserver les cultures comme le maïs, les arachides, l'igname, le riz, les légumes", propose l'Organisation pour la défense des droits de l'Homme et la protection de l'environnement (ODHPE), une ONG locale. ![]() version imprimable |