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par Soumaila T. Diarra
Mali (Syfia Mali) En 2012, quand les Acacias senegal auront poussé, les villageois de la zone de Nara, au nord du Mali, bénéficieront de la vente de crédits carbone et de l'exportation de la gomme arabique. Mais leur quotidien a déjà changé. Occupés à planter de jeunes arbres, ils migrent moins.
"Avant que mon village ne commence à planter des Acacia senegal, je vendais du bois mort que j’allais chercher à une demi-journée de marche de chez moi. Aujourd’hui, je suis fier de ces plantations, car elles m’apportent de quoi nourrir ma famille sans être obligé de me déplacer", se réjouit Mohamed Abd Khibé, gardien de la plantation communautaire du village de Dialoubé, à 400 km environ au nord de Bamako. Un village qui depuis des années survit tant bien que mal dans cette savane battue par les vents et parsemée de rares arbustes chétifs. Ici, le sol complètement dégradé est impropre à l'agriculture comme à l'élevage. Toutefois, l'espoir est là. Il réside dans ces petits acacias qu'on aperçoit au loin dépassant encore à peine des herbes. Cet arbre aux multiples usages doit enclencher un cercle vertueux en restaurant les écosystèmes et les activités agricoles. Dialoubé fait partie des quatre villages de la localité de Nara bénéficiaires du projet Mali acacia qui prévoit la plantation de 10 000 ha d'acacia gommier. Ce projet est en cours de validation pour obtenir le label MDP (Mécanisme de développement propre), créé par le protocole de Kyoto afin d'atténuer les effets du changement climatique. Le MDP autorise des entreprises polluantes des pays industrialisés à racheter des crédits carbones, sorte de droit à polluer, à un projet de développement du Sud qui réduit les gaz à effet de serre comme le CO2. D'ici 2012, 100 000 tonnes de CO2 seront séquestrées par les arbres du projet Mali acacia qui de surcroît produiront dans cinq à dix ans, quelque 2 000 t annuelles de gomme arabique. Recherchée par les industries cosmétique, pharmaceutique et alimentaire notamment, la gomme sera récoltée en vue d'être exportée. Moins de migrations On n'en est pas encore là. Mais il y a déjà des retombées positives pour les habitants des villages de Nara où la migration est une des principales sources de revenus. La plantation de 6 000 ha d'acacia y est prévue d'ici 2012. Les premiers ont été mis en terre en 2007 et 850 ha ont déjà été plantés. "Avant ce projet, 33 familles migraient temporairement chaque année en Côte d’Ivoire ou en Mauritanie. De nos jours, seules trois le font", constate Check Billal Khibé, ancien maire de Dialoubé. Proche de la frontière mauritanienne, ce village est habité par des Maures pour qui entretenir des pépinières et planter ces arbres est d'ores et déjà une aubaine. La plantation de Tendjé, à une vingtaine de kilomètres de Nara, emploie elle quatre à six ouvriers permanents selon les années grâce à un financement de la Banque mondiale. Une quarantaine de personnes appartenant aux sept familles du village leur prêtent main forte pendant les périodes de forte activité pour mettre en pot les jeunes plants. Les paysans en profitent aussi déjà pour cultiver entre les jeunes acacias des variétés de cultures améliorées et adaptées aux conditions climatiques de la zone comme les pastèques et l’oseille de Guinée, comme le conseille le responsable de la plantation de Tendjé. Le Projet Mali acacia résulte d'un partenariat public privé entre l'Institut d’économie rurale (IER) du Mali, Deguessi Vert, une entreprise agro-industrielle malienne et les communautés bénéficiaires, sous la houlette du Bio Carbon Fund (BCF) de la Banque Mondiale. Les partenaires du projet attendent beaucoup de ces plantations. "D'une part, il y aura la gomme arabique que les paysans vont vendre. De l’autre, le carbone séquestré sera vendu en crédits carbone à des entreprises qui ne peuvent pas respecter leurs quotas d’émission de gaz à effet de serre", rappelle Mamadou Doumbia, directeur de recherches à IER de Bamako, chargé de travaux d'analyse. Mali acacia en est actuellement au stade des études pour être éligible au MDP. Le plus difficile pour être coté sur le marché du carbone est d'établir le niveau du carbone avant et après le démarrage des plantations d’arbres. "Nous avons mesuré la situation de référence du projet Mali acacia que les vérificateurs de la Banque mondiale ont d’ailleurs approuvée", poursuit Dr Doumbia. Les revenus de la vente des crédits carbone bénéficieront aux villageois par la construction d'écoles et de centres de santé. Protéger le futur En attendant, le projet doit surmonter certaines difficultés. Seydou Tall, responsable financier du projet chez Deguessi, regrette la lenteur de sa mise en œuvre. "Notre objectif est de planter des acacias sur 6 000 ha, mais les financements ne suivent pas, dit-il. Nous sommes obligés de nous battre chaque année pour avoir des fonds tandis que 18 villages environnants souhaitent être intégrés au projet." Les jeunes plants finissent parfois sous la dent des animaux qui transhument par là entre la Mauritanie voisine et le sud-ouest du Mali. Les premières plantations avaient été presque dévastées. "Nous avons été obligés de les clôturer avec du grillage", indique Jean Keita, un animateur du projet. Le manque d'eau est aussi un gros problème pour les acacias les premières années. L’eau des puits traditionnels peu profonds est ici salée et impropre à l’agriculture et à la consommation des ménages. Les rares forages qui approvisionnent la ville de Nara et les villages environnants en eau potable ne suffisent pas. Il faut régulièrement remplacer les jeunes plants qui n'ont pas résisté à la sécheresse. Mais quand cet arbre sahélien se sera enraciné plus profondément, les sols comme les hommes pourront commencer à revivre. ![]() version imprimable |
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