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16-08-2005                       >lire les commentaires     >faire un commentaire
par Denis Nkwebo, Christian Locka

Cameroun
Les vacancières qui vendent dans la rue sont en danger

(Syfia Cameroun) Viols, agressions, séquestrations… les jeunes filles qui passent leurs vacances à faire du petit commerce dans les rues de Douala sont exposées à toutes sortes de violences. Les parents s'inquiètent.

Céline, 17 ans, connaît la ville de Douala par cœur. Depuis cinq ans, elle passe toutes ses vacances scolaires à sillonner les quartiers de la capitale économique pour vendre de menues marchandises. Un plateau d'arachides sur la tête, des habits chauds en guise d'imperméable, elle se méfie de certains appels dans les quartiers difficiles. À quinze ans, elle a été violée par un client qui achetait régulièrement ses arachides. "Un jour, il m'a traînée jusqu'à sa chambre et abusé sexuellement de moi, confie-t-elle. Après des cris de détresse, des voisins sont venus à la rescousse et l'ont conduit à la gendarmerie". Les cas d'abus sexuels pareils sont nombreux dans la capitale économique du Cameroun, particulièrement lors des grandes vacances scolaires. "C'est le moment où les élèves et les étudiants se lancent dans le petit commerce pour aider leurs parents à préparer la prochaine rentrée", témoignage madame Koungne, vendeuse de beignets, dont la fille de 16 ans vend des bananes durant ses congés. Ces vacancières courent de nombreux risques. Durant cette période, il se passe rarement un jour sans qu'on ne parle de cas de viols, d'agressions, de menaces physiques ou verbales ou d'enlèvement des enfants dans la ville. Les nombreux communiqués radio pour essayer de retrouver des jeunes filles qui ne sont pas rentrées chez elles en témoignent. "Ma fille a été victime du commerce de la rue l'année dernière, confie toute émue une vieille dame habitant le quartier Brazzaville à Douala. À huit ans, je me suis dit qu'elle était assez grande pour se promener avec les beignets à vendre. Mais, des bandits qui l'ont enlevée et violée m'ont prouvé le contraire".

Enfants traumatisés

Désormais, les commissariats, les brigades de gendarmerie et les stations de radios de la ville deviennent des lieux d'hébergement des victimes, le temps que leurs familles se présentent. "Nous accueillons régulièrement dans nos locaux de petits commerçants agressés, abandonnés par leurs bourreaux. Ils ne savent plus le chemin de retour et fondent en larmes jusqu'à l'arrivée d'une âme généreuse. Quand ils arrivent à notre niveau, ils sont traumatisés", indique un Inspecteur de police en service au Commissariat central de Bonanjo à Douala. Certains parents, conscients du risque que courent leur progéniture ont circonscrit leur déplacement. "Je préfère que ma fille fasse les quartiers chics qui présentent moins de dangers. J'ai constaté que ces abus proviennent de la promiscuité qui prospère dans les quartiers populeux. Pour assouvir leurs besoins, les gens sont capables de tout", confie Nganso Éric, parent d'élève. Cette solution de plus en plus répandue a ses inconvénients : "En procédant au choix des secteurs à fréquenter, on écoule difficilement ses produits parce que les denrées comme les arachides bouillies, les bananes, les beignets recrutent leurs consommateurs dans les terrains de football et les marchés. Et ces lieux d'attraction se retrouvent dans les quartiers à forte concentration de la population", explique un ancien vendeur ambulant, aujourd'hui journaliste. D'autres parents veillent à l'heure du retour. "J'ai demandé à mes filles de revenir à la maison avant dix-huit heures, témoigne l'un d'eux. C'est vrai que le danger peut se trouver partout et à toute heure. Mais, quand on a les moyens de l'éviter, pourquoi ne pas en user ?" Face à cette situation, les autorités policières de la ville recommandent la plus grande prudence et en appellent au sens de responsabilité des parents. Pourtant, ce petit commerce saisonnier continue de battre son plein. "Je n'ai pas de choix, explique la jeune Céline. Malgré tous les risques, je suis obligée de vendre pendant toutes les vacances, pour subvenir à mes besoins scolaires."


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