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par Daniel Wermus
Afrique (Syfia Suisse) Malgré le risque de famine, Mundia Sikatana, ministre zambien de l'Agriculture, avait refusé en 2002 l'aide du Programme alimentaire mondial, truffée de maïs génétiquement modifié. Invité à Genève, il a expliqué comment cette crise a permis d'améliorer l'agriculture traditionnelle. Aujourd'hui, la Zambie exporte ses surplus.
La Zambie avait été en 2002 l'un des rares pays africains à avoir résisté à la pression américaine : les OGM ou la famine. Son ministre de l'Agriculture, M. Mundia Sikatana, répondant à la mi-février à l'invitation de Swissaid, une Ong de développement, a lancé le débat en Suisse où une proposition de moratoire sur l'utilisation des OGM sera soumise au vote populaire l'an prochain. Le rapporteur spécial des Nations unies sur le droit à l'alimentation, Jean Ziegler, est intervenu aux côtés de M. Sikatana pour affirmer que les organismes génétiquement modifiés (OGM) ne sont pas le remède miracle contre la faim. "Selon le rapport du Programme alimentaire mondial (PAM), a-t-il rappelé, les méthodes actuelles de production pourraient nourrir 12 milliards de personnes, deux fois la population mondiale. La faim provient d'abord de la distribution inégale, des rapports de pouvoir et du jeu commercial mondial." • En été 2002, vous avez refusé l'aide du PAM alors que votre pays traversait une grave sécheresse… Pourquoi ? – Mundia Sikatana. Le PAM ne nous avait même pas avertis de la présence de maïs génétiquement modifié. Quand nous l'avons su, on nous a dit : "Il n'y a rien d'autre !". À la suite d'une large consultation nationale (experts, consommateurs, paysans, coopération étrangère, chefs ruraux), le gouvernement a décidé de refuser cette aide. Pour des raisons de sécurité d'abord : aucune certitude scientifique ne permet d'exclure des dangers pour la santé et l'environnement. De contamination génétique ensuite : la dissémination de maïs modifié risque d'affaiblir les variétés locales. Sur le plan commercial, la présence d'OGM dans les bébés-maïs et le miel peut nuire à nos exportations alimentaires en Europe. Enfin, la Zambie a un cadre légal à respecter pour l'accès des OGM. Mais pour nous, c'était aussi une question d'éthique. Vous savez, 90 % des paysans zambiens vivent avec moins d'un dollar par jour. Pour ressemer des graines OGM, ils devraient payer des droits aux multinationales, ce qui les rendrait encore plus pauvres et dépendants. En Afrique du Sud, les planteurs de coton OGM paient maintenant leurs graines deux fois plus cher. Ces plantes exigent aussi davantage d'engrais chimiques coûteux et peu écologiques. Et des pesticides spécifiques fournis par les mêmes multinationales. Le comble, c'est que lorsque des graines OGM amenées par le vent auront contaminé et modifié les variétés locales, nos paysans devront aussi payer des droits sur ces variétés développées depuis des siècles par leurs propres ancêtres ! • Vous risquiez pourtant de condamner trois millions de Zambiens (30 % de la population) à la famine – On nous a menacés comme des gamins irresponsables. Mais personne n'est mort affamé. En fait, les causes de notre faible productivité sont d'abord le manque de formation, de micro-crédits, et d'accès au marché. Et pas le manque d'OGM ! La leçon que nous avons tirée de cette crise, c'est d'aider notre paysannerie à mobiliser ses propres ressources et son propre savoir écologique. Nous l'avons entrepris avec l'appui d'autres donateurs qui ont compris notre refus. Des subventions ciblées ont permis aux petits fermiers de diversifier leurs produits, d'améliorer leurs techniques et d'utiliser des engrais organiques. Un an après, la Zambie commençait à exporter au Zimbabwe, en Angola et en RDC. Aujourd'hui, elle alimente même le PAM ! Le pays ambitionne maintenant de produire ses propres vaccins contre les tiques du bétail. • Les pressions des États-Unis (qui fournissent les deux tiers des réserves du PAM) pour forcer l'Afrique à absorber leurs surplus alimentaires OGM sont énormes. D'autres pays oseront-ils vous imiter ? J'ai dit à des chefs d'État qu'ils devraient avoir honte de ne pas être capables de nourrir leur population. En tout cas, pour la première fois, nous nous sentons respectés par la communauté internationale. Je sais que d'autres pays, comme l'Angola, commencent à se poser des questions sur les OGM. Mais une chose est de dire non, une autre est de s'y tenir… ![]() version imprimable |